Quand la musique est bonne pour la mémoire

06 Juillet 2017

Quand la musique est bonne pour la mémoire

  • Quels effets la musique a-t-elle sur la mémoire ? Permet-elle de soigner les troubles de la mémoire ?  

La musique en tant qu’« Art du temps » ne peut s’apprécier et se comprendre pour l’auditeur que grâce à la mémoire. C’est le plaisir de reconnaître un air familier ou d’admirer comment évolue l’interprétation d’un instrumentiste dans un solo de jazz par exemple. La pratique de la musique implique très intensément nos différentes mémoires, et nous avons montré en quoi les musiciens chevronnés présentaient d’importantes modifications des régions cérébrales impliquées dans la mémoire comme l’hippocampe. A défaut de soigner la mémoire de patients ayant notamment une maladie d’Alzheimer, nous pouvons en revanche nous appuyer sur la résistance de la mémoire musicale afin de maintenir les capacités cognitives et lutter contre les troubles du comportement associés à ce type de pathologie.

  • Il existe 5 systèmes de mémoire, la musique joue-t-elle un rôle sur un système en particulier ? 

La musique, c’est bien connu, est un puissant inducteur de souvenirs autobiographiques (mémoire épisodique) et les études expérimentales et cliniques montrent bien que l’écoute d’une musique familière aide à la récupération de souvenirs personnels riches. Cependant, tous les systèmes de mémoire sont mis à contribution par la musique et surtout lors de son apprentissage , mémoires immédiate, motrice, perceptive, sémantique et épisodique sont quasi-simultanément convoquées dans de nombreuses situations musicales et l’on ne s’étonnera donc pas que de nombreuses études scientifiques montrent que les enfants démarrant l’apprentissage de la musique voient leurs performances mnésiques augmenter dès quelques semaines de pratique, ce qui peut contribuer à les aider de manière générale dans tous les apprentissages scolaires.

  • La musique peut-elle être un moyen de prévention ? 

Certainement, car c’est un « sport cérébral » complet. Une étude s’intéressant au parcours de santé de grandes séries de populations* a montré chez des jumeaux que le risque de démarrer une maladie associée au vieillissement était significativement diminué chez les jumeaux qui avaient eu une pratique instrumentale au cours de leur vie alors que l’autre n’en avait pas eu. Au-delà de cette donnée statistique, les études de neuroimagerie montrent clairement que la pratique et même la simple écoute de la musique produit des effets de neuroplasticité (changements dans le fonctionnement et dans la structure du cerveau) puissants et reproductibles.  Il reste cependant de nombreux travaux à faire afin de mesurer plus objectivement ce qui peut être attendu en termes de bénéfices cognitif et physiologique en fonction du type d’intervention proposé.

 

Hervé Platel
Professeur de Neuropsychologie
UMRS 1077 Inserm-EPHE-UNICAEN
U.F.R. de Psychologie

 


*Balbag MA, Pedersen NL, Gatz M. (2014) Playing a Musical Instrument as a Protective Factor against Dementia and Cognitive Impairment: A Population-Based Twin Study. Int J Alzheimers Dis.836748. doi: 10.1155/2014/836748.

 

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