Le rôle du robot d'aujourd'hui et de demain

07 Mai 2018

Le rôle du robot d'aujourd'hui et de demain

Entretien avec Jean-Gabriel Ganascia à l'occasion de la sortie du livre "le temps des robots est-il venu ?" co-écrit avec Jean-Philippe Braly, journaliste scientifique.

Est-ce que les robots pensent ?

C’est là une question à laquelle il est bien délicat de répondre, car à l’origine les robots ne sont pas faits pour penser, mais pour travailler. Ils doivent leur appellation à un dramaturge tchèque, Karel Čapek, qui dans une pièce de théâtre qu’il a écrite en 1920, a mis en scène des esclaves artificiels destinés à accomplir toutes sortes de tâches à la place des hommes.  Pour les dénommer, il a recouru au mot rob qui veut dire esclave en langue tchèque, et qui a la même étymologie que le verbe russe работать qui signifie travailler. Cependant, pour travailler, il faut penser un minimum ; il faut être capable de percevoir le monde, ce qui correspond déjà à une forme d’intelligence, puis utiliser sa mémoire, anticiper, déduire, planifier, communiquer, etc. Toutes ces facultés demandent de la pénétration et ce que l’on appelle couramment de l’intelligence. D’ailleurs, on utilise des techniques d’intelligence artificielle pour les simuler sur un ordinateur. En cela, on peut dire des robots qu’ils pensent, ou plus exactement qu’ils paraissent penser, mais est-ce bien différent ? Sans doute, ne ressentent-ils pas d’émotions, du moins pas que nous sachions. De même, il n’ont pas de volonté propre et sont asservis à des finalités que nous leur avons fixées. Mais ils conduisent tout de même des raisonnements et, en cela, on peut tout de même leur accorder la pensée…

Quelle différence peut-on faire entre l'intelligence d'un robot et celle d'un humain ?

On aimerait bien faire en sorte qu’il n’y ait aucune différence entre l’intelligence des hommes et celle que l’on simule sur des ordinateurs afin d’animer des robots pour qu’ils se conduisent bien dans le monde et qu’ils exécutent correctement les tâches qu’on leur a assignées. En pratique, les choses sont moins simples… Le robot est un modèle ; en cela il nous aide à comprendre notre intelligence qui nous demeure extrêmement mystérieuse. Il s’agit de simulation, c’est-à-dire d’imitation, mais jamais de la réalité. Il ‘y a toujours un écart entre la copie et l’original ; cet écart nous stimule ; il aide à aller plus loin dans l’investigation. Cependant, l’écart va dans les deux sens : parfois les hommes sont « plus intelligents » en cela qu’ils surmontent des situations où les robots sont perdus, mais d’autres fois, comme par exemple sur le jeu d’échec ou de go et la reconnaissance faciale, ce sont les machines qui l’emportent sur les hommes… Pour cette raison, certains se risquent à dire que les robots sont déjà, ou seront inéluctablement plus intelligents que les hommes. Cela n’a pas vraiment de sens ! Ce sont les hommes qui attribuent l’intelligence aux machines. De plus, il faut bien prendre garde à la quantification de l’intelligence, car ce n’est pas une substance que l’on peut accumuler, comme on le fait du charbon ou du blé ! Deux milliards d’individus ne font pas un Einstein… L’imagination à l’œuvre chez les plus grands savants et artistes est convulsive. Elle ne résulte pas simplement d’une aptitude à résoudre des problèmes conventionnels. De ce point de vue, le quotient intellectuel induit en erreur en laissant entendre que l’on peut tout résumer à un nombre, autrement dit que l’intelligence serait unidimensionnelle alors qu’elle est par nature composite…

Quel sera demain la position de l'humain dans un monde de robots ?

L’activité des femmes et des hommes de demain dans un monde où il existe beaucoup de robots va évoluer ; les tâches éprouvantes, dangereuses ou répétitives, seront de plus en plus réalisées par des machines. Faut-il s’en plaindre ? Il s’ensuit que les métiers se transformeront. Cela ne veut pas dire qu’ils disparaîtront, car un métier n’est généralement pas réductible à l’exécution d’une seule tâche. De nouvelles compétences seront requises pour les exercer, afin de piloter ces robots et, plus généralement, de mettre en œuvre des automatismes. On devra se former à tout âge de la vie pour être en mesure de les acquérir. Il faudra que la société se prépare à ces évolutions. Est-ce que cela signifie que la position de l’homme dans le monde va changer ? Autrement dit, est-ce que le rang de l’homme, le premier d’entre les espèces existantes, va rétrograder derrière celui des robots qui prendront un empire de plus en plus considérable ? Certainement pas, car les robots ne se substituent pas aux hommes, ils ne les remplacent pas, ce sont leurs partenaires, leurs compagnons. Il se peut, toutefois, que des emplois disparaissent du fait de l’automatisation de certaines tâches, comme se fut le cas avec toutes les évolutions technologiques. Il se peut aussi que l’utilisation massive de robots induise des transformations politiques majeures, en paupérisant les moins compétents. Mais, là, ce qu’il faut craindre, ce ne sont pas les robots, car ils ne sont animés d’aucune volonté propre, mais les hommes qui les animent…

 

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