La perte de l’audition chez les personnes âgées a-t-elle un lien avec leur déclin cognitif ?

Hélène Amieva, psychogérontologue et membre du Conseil scientifique de l’Observatoire B2V des Mémoires, mène d’importants travaux pour comprendre et identifier les facteurs risques conduisant au déclin cognitif chez les personnes âgées. Elle s’est tout particulièrement intéressée aux liens existant entre la perte de l’audition chez les personnes âgées et leur déclin cognitif.

 

Point de départ des études : la diminution des capacités auditives avec l’âge

L’avancée en âge s’accompagne d’une diminution progressive des capacités neurosensorielles, notamment auditives. Nous savons que 30% des personnes de 65 ans et plus présentent une perte d’audition, et jusqu’à 80% des 85 ans et plus.

Cette fréquence élevée tend au mieux, à banaliser la survenue d’une perte d’audition chez une personne âgée, au pire à stigmatiser la personne âgée porteuse de ce trouble. La conséquence, est un défaut de dépistage et de prise en charge de ces troubles puisqu’on estime que 2/3 des personnes âgées ayant des troubles auditifs ne sont pas appareillées. Pourtant, si ce phénomène est normal, lié à l’âge, il ne doit pas être pour autant négligé. De plus en plus d’études scientifiques mettant en avant les conséquences négatives sur le plan médical, psychologique et social.

Parmi ces études, l’étude épidémiologique française PAQUID, regroupant au total 3 777 personnes âgés de 65 ans et plus, vivant à domicile, dans les départements Gironde et Dordogne, a analysé les conséquences de la perte d’audition sur de nombreux événements de santé.

Une première analyse s’est intéressée au déclin des fonctions cognitives au cours des 25 ans de suivi de la cohorte1. Les résultats ont montré que les personnes ayant une perte auditive présentaient un déclin des fonctions cognitives plus important que les personnes sans trouble auditif. Par ailleurs, les résultats montraient que seules les personnes sans prothèse auditive présentaient ce déclin cognitif accéléré.

Forts de ces résultats, une deuxième analyse2 a été réalisée au sein de cette même cohorte. Au-delà des fonctions cognitives, différents événements de santé liés au vieillissement ont été considérés : la démence, la dépendance et la dépression. Comme pour la première étude sur le déclin cognitif, ce sur sur-risque de dépression, démence et dépendance n’existait pas chez les personnes ayant un appareil auditif.

 

Favoriser la prévention du déclin cognitif en encourageant le dépistage

Avec un suivi considérablement plus long que les études jusqu’alors publiées et un échantillon plus important, l’étude PAQUID confirme donc des résultats connus sur les conséquences de la perte d’audition sur la santé des personnes âgées. De manière inédite dans la littérature, l’étude montre également que ce sur-risque n’existe pas chez les personnes appareillées. Ainsi, ces résultats suggèrent que les conséquences négatives de la perte d’audition sur la santé des personnes âgées sont importantes, mais pour autant, ne seraient pas inéluctables. Les résultats issus de la recherche plaident en faveur d’un dépistage et d’une prise en charge de ces troubles chez les personnes âgées.

 

Référence des articles cités :

1 Amieva H, Ouvrard C, Giulioli C, Meillon, Rullier L, Dartigues JF. Self-reported hearing loss, hearing aids and cognitive decline in the elderly: a 25-Year Study. J Am Geriatr Soc. 2015 Oct;63(10):2099-104. doi: 10.1111/jgs.13649.

2 Amieva H, Ouvrard C, Meillon C, Rullier L, Dartigues JF. Death, Depression, Disability, and Dementia Associated With Self-reported Hearing Problems: A 25-Year Study. J Gerontol A Biol Sci Med Sci. 2018 Jan 3. doi: 10.1093/gerona/glx250.