Le sport a-t-il une influence sur notre mémoire ?

Interview de Cahterine Thomas-Antérion

Y a-t-il un lien entre mémoire et sport ?       
Il y a des similitudes entre les exercices qu’il faut faire pour progresser dans une activité sportive et ceux qu’il faut répéter pour acquérir certains savoirs. Par exemple : répéter les tables de multiplication jusqu’à ce qu’elles deviennent automatiques ou lancer le javelot, jour après jour pour obtenir le geste idéal. De ce fait on parle souvent de faire « travailler son cerveau comme le corps », cerveau qui pourtant ne se muscle pas lorsqu’il fait de nouvelles acquisitions : il construit de nouvelles connexions entre les neurones. Il faut rappeler que les apprentissages par la répétition sont très spécifiques et pas généralisables aux autres apprentissages. Apprendre tous les jours une poésie, facilite l’apprentissage de nouvelles poésies mais n’améliore pas la mémoire en général. Faire du sudoku chaque jour fait progresser en sudokuen calcul, ni au scrabble !  

Un sportif mémorise-t-il son savoir faire ?   
L’exploit sportif repose sur un sur-entrainement physique qui sollicite entre autres la mémoire procédurale : l’acquisition d’habilité visuo-motrices par exemple.  Il est très fréquent aussi lors de l’entrainement, de visualiser mentalement l’activité sportive : trajet du skieur, trajectoire de la perche, longueur du bassin, hauteur de haie avant d’effectuer l’épreuve afin de s’y préparer.  

On dit que le sport stimule la croissance des neurones, est-ce vrai ?     
L’oxygénation cérébrale et toutes les molécules antioxydants sont protectrices du bon fonctionnement neuronal. Dans certaines conditions, on a fait l’hypothèse récemment que des cellules souches pourraient aider à régénérer l’hippocampe pour une durée de vie courte et sans que l’on ne puisse encore en dire plus sur la finalité exacte de ce processus. Un certain nombre de conditions sont requises mais il est exagéré de penser que « le sport » puisse avoir une telle vertu ! Plus que le sport : l’exercice régulier comme la marche, la lutte contre la sédentarité et la « malbouffe » sont nos alliés !               

Le sport sert-il à l’apprentissage ? Faut-il pratiquer pendant des années avant de voir les effets sur la mémoire ? 
En période d’apprentissage, ou simplement dans une journée de travail, pour engranger des nouvelles informations ou pour accéder à nos souvenirs ou savoirs, il faut avoir de « bonnes ressources d’attention ».  L’attention est fragile comme l’une de ses composantes, la mémoire de travail qui concerne la capacité à manipuler de petites quantités d’informations pendant un temps limité. L’attention diminue en fonction de la fatigue, du stress, de l’anxiété, du manque de sommeil, de l’âge. Un des moyens de ressourcer l’attention est de se détendre et de marquer des pauses dont l’exercice physique et le sport font partie.      

On dit que le sport permettrait de réduire le risque de la maladie d’Alzheimer. Qu’en est-il ?
Il n’y a pas à ce jour de facteurs de protection validés. Il existe toutefois des études dans des cohortes, qui suggèrent que certaines activités humaines pourraient réduire ou déplacer le risque de quelques mois ou années de déclarer la maladie. Le sport ou du moins l’exercice régulier comme la marche, est un de ces facteurs. De plus l’hypertension artérielle, le diabète et l’obésité sont des facteurs de risque, que le sport (et l’exercice physique régulier) ne traite pas mais limite.               

Sur quel système de mémoire le sport agit-il ? (mémoire de travail ?     )
Il est impossible de parler du sport. Il faudrait étudier un sport particulier, chez un sujet défini par son âge, son genre, sa pratique sportive, pour avoir un début de réponse…. Si on propose une réponse très générale, le sport agit avant tout sur la détente physique et psychique et participe à la restauration des ressources d’attention.     

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à nos internautes ?               
Lutter coûte que coûte contre la sédentarité qui envahit nos existences. Maintenir, entretenir ou reprendre la marche, qui n’est pas un sport, mais le début du maintien d’un bon niveau de forme physique. Trouver le sport à son goût : il doit être avant tout un plaisir ! Et ne pas se culpabiliser si on n’aime pas le sport, on développera un loisir qui aura également beaucoup de vertus pour le fonctionnement psychique, cognitif et social ! Une dernière chose : attention au sport qui malmène le cerveau : casque systématique à vélo, à ski et repos après une commotion dans un sport de combat !