Les conseils à ne pas oublier

Les conseils à ne pas oublier !

10 questions posées au professeur Hélène Amieva

Professeur à l’Université de Bordeaux et chercheur à l’Inserm, spécialiste des troubles cognitifs et de la mémoire, membre du conseil scientifique de l'Observatoire B2V des Mémoires. 

 

1- Quelle corrélation existe-il entre vieillissement et perte de mémoire ? A quel âge doit-on commencer la prévention ?

La prévention doit se concevoir tout au long de la vie. Le vieillissement est un processus qui démarre dès la naissance, cela peut sembler être une boutade mais c’est pourtant vrai. En tous les cas, il ne démarre certainement pas à partir à de 60-65 ans, âge arbitraire que l’on utilise très souvent car il représente l’arrêt de la vie active, professionnelle. Il est simpliste d’imaginer que la prévention ne concerne que cette période de la vie, même si bien sûr, elle est cruciale.

2- La perte de mémoire est-elle inéluctable ?

La perte de la mémoire n’est absolument pas inéluctable. En revanche, les changements dans la manière dont fonctionne notre mémoire sont eux inéluctables. Mais ces changements ne sont pas obligatoirement synonymes de déficits, puisque nous savons que certains types de mémoire comme la mémoire sémantique (la mémoire stockant nos connaissances) elle, s’accroit au fur et à mesure de la vie.

3- On entend parler de prolonger la durée du travail aujourd’hui, selon vous, est-ce que ce prolongement de l’activité professionnelle après 60 ans pourrait avoir un effet sur le maintien des capacités cognitives ?

En exploitant les données de grandes enquêtes européennes et américaines, plusieurs études ont suggéré l’existence d’un lien entre retraite et cognition. Ces études montrent par exemple qu’une personne de 60 ans, professionnellement active, a de meilleures performances cognitives qu’une personne retraitée du même âge, toute variable socio-démographique égale par ailleurs ; ou encore que, globalement, les performances cognitives des personnes âgées sont meilleures dans les pays où la retraite est plus tardive par rapport aux pays où la retraite est plus précoce. Evidemment, ces études ont beaucoup de limites et ne permettent pas d’être catégorique. En particulier, ces affirmations ne sont pas valables pour les personnes qui exercent une profession ayant un haut degré de pénibilité, qui en fin de carrière, représente davantage une source de stress que de stimulation positive. Néanmoins, ces études illustrent le fait que l’activité professionnelle est une source de stimulation intellectuelle importante chez les 60 ans.

4- Comment les liens sociaux et affectifs participent-ils à l’entretien de notre mémoire ?

Il faut concevoir les liens sociaux comme une source de stimulation intellectuelle à part entière. Chez l’animal, il a été montré depuis longtemps que des animaux élevés avec des congénères ont un développement cérébral plus important en termes de nombre de neurones ou de connexions synaptiques par exemple, que des animaux élevés seuls. Planifier une sortie au cinéma avec des amis, ou un repas chez soi, sont autant d’activités qui vont solliciter fortement les capacités de planification, les capacités langagières et différents types de mémoire (à court terme, à long terme, ou prospective) sans oublier le plus important, le fait qu’elles sont sources de détente et de plaisir.

5-  Les activités intellectuelles, ateliers mémoire, sudoku, mots croisés, ou lectures ont-ils une efficacité sur la préservation de la mémoire ?

Toutes les activités intellectuelles participent à la préservation de la mémoire à condition qu’elles soient réalisées sans stress et qu’elles constituent une source de plaisir. Il n’a jamais été montré que s’obliger à participer à des ateliers mémoire permet de prévenir le déclin cognitif. En revanche, il existe de multiples études qui montrent que les personnes ayant des activités de loisirs stimulantes, comme le tricot, le jardinage, le bricolage, la lecture, ont un déclin des fonctions cognitives moins important que les personnes n’ayant pas ou peu d’activités de loisir.

6- L’alimentation a-t-elle un rôle dans le maintien de la mémoire ? On parle souvent du régime crétois (à base d’huile d’olive, de poisson de fruits et de légumes) et des oméga 3, qu’en est-il ?

L'alimentation contribue en effet au maintien de la mémoire. Une étude à Bordeaux notamment a montré que les personnes qui avaient un régime alimentaire « méditerranéen » c’est-à-dire une alimentation riche en huile d’olive, poisson, fruits et légumes et pauvre en viande et produits laitiers – soit d’un point de vue nutritionnel, un régime pauvre en acides gras insaturés et riches en vitamines anti-oxydantes et en acides gras mono et polyinsaturés – présentaient un déclin des fonctions mnésiques mois important par rapport à des personnes n’ayant pas ce type de régime. Dans tous les cas, il est essentiel d'avoir une alimentation équilibrée et variée pour rester en bonne santé.

7- On entend souvent que l’activité physique contribue à maintenir les capacités intellectuelles et donc aussi la mémoire, qu’en est-il ? Faut t-il marcher 20 minutes par jour ou monter les escaliers ?

C'est exact. Différentes études ont montré que la pratique régulière d’une activité physique est associée à un moindre déclin des troubles de la mémoire, et il est recommandé pour cette raison, mais aussi en prévention de problèmes cardio-vasculaires, de pratiquer une activité physique "oxygènante" comme la marche, la course ou le cyclisme, régulièrement. Selon certaines études, les bénéfices pour les fonctions cognitives et la mémoire seraient d’autant plus importants pour les personnes sédentaires qui se mettent à pratiquer une activité physique.

8- Le stress et les perturbations quotidiennes sont-ils des facteurs aggravants dans les troubles de la mémoire ?  Si c’est le cas, comment les gérer ?

Le stress, en tant que facteur aggravant des troubles de la mémoire, a surtout été démontré dans les études sur l’animal. Chez l’homme, la notion de stress étant une notion très subjective et variable d’un individu à l’autre, la relation est moins évidente. Il existerait un « bon stress », source de stimulation intellectuelle positive et au-dessus d’un certain seuil, le stress deviendrait négatif et délétère pour la mémoire.

9- Les médicaments peuvent-ils entraîner des pertes de mémoire ? Si oui, est-ce réversible ?

Certains médicaments en effet interfèrent avec le fonctionnement de la mémoire. C’est le cas notamment de certains médicaments de la catégorie des benzodiazépines, utilisés généralement comme anxiolytiques ou dans les troubles du sommeil. Les effets sont généralement réversibles à l’arrêt de ces médicaments. Toutefois, utilisés à très long terme, il n’est pas exclu que certains effets délétères sur la cognition apparaissent. C’est la raison pour laquelle ces médicaments doivent être prescrits pour des périodes limitées et leurs renouvellements doivent être régulièrement réévalués.

10- En résumé, pouvez-vous nous donner 5 conseils faciles à appliquer pour maintenir, voire améliorer notre mémoire ?

Les activités citées plus haut ont bien montré des effets protecteurs de déclin de la mémoire. Toutefois, il faut bien comprendre que prises de manière individuelle, ces activités ont un effet extrêmement modeste. Il est illusoire de penser que parce qu’on se met à manger du poisson 3 fois par semaine, on se protège définitivement de toute maladie de la mémoire. C’est leur effet cumulé qui est le plus intéressant, ce qui veut dire que c’est un mode de vie, plus qu’un comportement de prévention en particulier qu’il faut recommander. Cette hygiène de vie englobe une alimentation riche en huile d’olive, poisson, fruits et légumes et pauvre en viande et produits laitiers, une activité physique régulière, des activités de loisir et des interactions familiales et sociales sources de plaisir, et une bonne prise en charge des facteurs de risque cardio-vasculaires (diabète, cholestérol, glycémie) qui elle aussi participe au bon fonctionnement de notre cerveau. En somme, une hygiène de vie la plus saine possible...