La mémoire collective

La mémoire collective est la mémoire d’une communauté ou d’un peuple.

Elle rassemble le vécu commun d’un groupe en le gardant au présent. La mémoire collective peut se construire sous forme d’un Mémorial, d’un musée où le passé d’un peuple est retracé. A Caen par exemple, siège le Mémorial, grand musée sur le Débarquement de la seconde guerre mondial. Ce Mémorial réside en Basse-Normandie où les plages du débarquement gardent encore quelques traces des affrontements du passé.

La question est alors de se demander ce que la connaissance de son passé apporte à un peuple. Qu’apporte à un peuple sa mémoire collective.

 

Histoire et nécessité de l’oubli

Dans le roman de l’écrivain anglais, George Orwell : 1984, l’auteur avait imaginé une société dans laquelle les dirigeants interdisaient au peuple de connaître exactement son histoire en la falsifiant au gré de leur volonté politique. Qu’apporte donc d’essentiel l’examen des événements du passé ? Qu’adviendrait-il d’un peuple privé de son passé ?

Pour le philosophe allemand Arthur Schopenhauer (1788-1860), de la même façon qu’on ne peut concevoir un individu sans passé, on ne peut concevoir un peuple sans histoire.

Schopenhauer pense que l’actualité d’une génération ne prend très souvent toute sa signification que parce qu’elle est mise en relation avec des éléments du passé. La connaissance de l’histoire apporte aux Hommes une meilleure compréhension de leur présent. Ainsi, un peuple dépourvu de connaissances historiques serait incapable de penser l’actualité présente. Egalement, en connaissant les erreurs du passé, les Hommes peuvent espérer tirer des enseignements pour l’avenir. Pour Schopenhauer, l’histoire joue le même rôle pour un peuple que la conscience soutenue par la raison pour l’individu, parce qu’elle est un réservoir dans lequel les hommes peuvent aller puiser des exemples d’expériences passées. Elle est la mémoire collective d’un peuple. De la même manière qu’un individu conscient tire de ses expériences passées une meilleure connaissance de ce qu’il doit faire dans le présent, on peut espérer qu’un peuple, éclairé par les erreurs du passé, saura agir à l’avenir de façon plus raisonnée.

Pourtant, il semble légitime de dire, à l’inverse, que la connaissance de son passé soit source de danger pour un peuple.

L’écrivain français Paul Valéry (1871-1945) s’est lui-même montré très sévère à l’égard de l’histoire. D’après lui, l’histoire est un des produits les plus dangereux que l’esprit ait élaboré, car il enivre les peuples de faux souvenirs et les conduit au délire des grandeurs ou à la persécution. L’histoire contient en effet tant d’exemples, qu’elle peut permettre de justifier absolument tout ce que l’on veut. Ainsi, les tyrans usent de l’histoire de la façon qui les arrange. L’histoire risque, à cause de son objet d’étude passé, de nous présenter des faux-souvenirs. Elle est donc dangereuse.

Ainsi, pour pouvoir agir librement, il semble qu’il faille s’affranchir du poids de l’histoire. Clore la porte du passé peut être un moyen de construire l’avenir ; là est la position nietzschéenne. Dans La Généalogie de la moraleFriedrich Nietzsche (1844-1900), philosophe et poète allemand, affirme que l’oubli représente une mise en place positive du passé : l’oubli n’est pas qu’une force d’inertie, il a un pouvoir actif et positif, puisqu’il assure la garde de notre psychisme :

« Faire silence, un peu, faire table rase dans notre conscience pour qu’il y ait de nouveau de la place pour les choses nouvelles, et en particulier pour les fonctions et les fonctionnaires plus nobles, pour gouverner, pour prévoir, pour pressentir (car notre organisme est une véritable oligarchie) - voilà, je le répète, le rôle de la faculté active d’oubli, une sorte de gardienne, de surveillante, chargée de maintenir l’ordre psychique, la tranquillité, l’étiquette ». (Nietzsche, 1900, La Généalogie de la morale - 2e dissertation)

L’homme ne reste vif que s’il sait oublier. Une grande partie des faits psychiques est donc rejetée, par nécessité vitale, hors du champ de la conscience. Ainsi, l’homme ne peut connaître la sérénité sans l’oubli.

La mémoire collective serait à la fois ce qui nous définirait, mais aussi quelque chose auquel nous devrions porter un regard assez détaché pour être à même de créer notre vie actuelle avec toute l’audace et l’innovation qu’implique le renouveau de la création.

La mémoire en commun n’est donc pas la somme des mémoires individuelles, mais chacun gardera en mémoire des éléments de la mémoire collective en les liant d’une manière personnelle et les habillera selon un point de vue bien précis et unique.