La petite musique qui éveille le cerveau

C’est non en fanfare mais sous la subtile impulsion digitale du pianiste Jean-François Zygel qu’a débuté lundi la troisième Semaine de la Mémoire avec le thème « mémoire et musique ».

La semaine s’annonce « riche d’apprentissages et de rencontres, avec plus de quarante intervenants qui vous invitent à percer les secrets de la mémoire », promet à la tribune Isabelle Pécou, Directeur général du groupe de protection sociale B2V et de l’Observatoire B2V des Mémoires lors de l’ouverture de l’événement. A ses côtés, l’Université de Montpellier, le Conseil Départemental, Montpellier Méditerranée Métropole et l’Ecole Pratique des Hautes Etudes se réjouissent de participer pleinement à cette « fête de la mémoire », comme se plaît à la présenter Francis Eustache, Président du Conseil scientifique de l’Observatoire B2V des Mémoires, avant de laisser place à l’artiste Jean-François Zygel.

Le virtuose, qui « a choisi de devenir improvisateur pour éviter les défauts de mémoire », se saisit du thème avec brio : « Le matériau du musicien, ce n’est pas le son, contrairement à ce que l’on pourrait croire, c’est la mémoire ». La musique naît de la répétition d’une suite de sons ou de rythmes qui prend sens, devient attendue et se retrouve avec plaisir. Une intuition confirmée par les spécialistes Catherine Thomas-Antérion, neurologue et docteur en neuropsychologie, Francis Eustache, spécialiste de la neuropsychologie de la mémoire humaine, et Hervé Platel, neuropsychologue et spécialiste de l’imagerie cérébrale, guidés par le neurobiologiste Jean-Michel Verdier lors de la table ronde qui s’est ensuivie.

« La musique et l’art en général, sont des outils extraordinaires de soins dans toutes sortes de pathologies », rappelle Catherine Thomas-Antérion. Des patients atteints de maladies neurodégénératives telles qu’Alzheimer sont capables de retrouver ou de renforcer certains souvenirs lorsqu’on les associe à des musiques. Ils parviennent même à apprendre de nouvelles mélodies, tandis que les paroles des chansons disparaissent. Comment cela fonctionne ? Les études sont encore en cours et chaque patient est différent. « Nous faisons de la neuropsychologie de dentelière », souligne Catherine Thomas-Antérion, qui rappelle à quel point la prise en charge globale du patient est essentielle, en période de déremboursement de certains médicaments pour traiter la maladie d’Alzheimer.

La musique, quel que soit son style, semble n’apporter que des bénéfices. Son écoute sollicite émotion, attention, mémoire, et active les circuits de la récompense. Le plaisir naîtrait de l’anticipation des notes qui vont suivre et leur arrivée effective. Ce que l’on appelle la mémoire du futur. Quant à la pratiquer… « Nous avons trouvé des différences entre musiciens et non musiciens dans les zones auditive et motrice du cerveau, mais également dans l’hippocampe, zone de la mémoire », livre Hervé Platel. Les musiciens âgés conservent d’ailleurs une excellente mémoire. Il paraît qu’il n’est jamais trop tard pour commencer.

 

Photos : Eric Jondreville