Le trouble de stress post-traumatique

Le TSPT (ou PTSD) c'est quoi ? 

Le trouble de stress post-traumatique (TSPT ou PTSD en anglais) est défini par une grande difficulté à reprendre le cours normal de sa vie après avoir vécu une menace vitale pour soi-même ou un proche, accompagnée d’une peur intense et un sentiment d'impuissance. D’après une étude américaine menée chez 5877 personnes de 15 à 54 ans, 7,8% d’entre elles ont été touchées au cours de leur vie par ce trouble, suite à un accident violent, une agression sexuelle, une catastrophe ou un attentat [1]. Connu depuis longtemps chez les vétérans de guerre, il se manifeste par quatre symptômes caractéristiques :

  • des intrusions d’images ou « flash-back » involontaires
  • l’évitement de certaines situations, lieux ou personnes pour se protéger
  • des altérations négatives de l'humeur et de la cognition (problèmes de concentration et de mémoire)
  • une hypervigilance, pouvant se traduire par des sursauts et des troubles du sommeil.

Les facteurs 

Les capacités de chacun à se rétablir à la suite d'un évènement traumatique sont très variables. Par exemple, il a été constaté une plus forte vulnérabilité chez la femme, jeune, de statut socio-économique et/ou de niveau d'éducation faible. A l’inverse, le fait d’avoir pu adopter une stratégie de mise en sécurité et une moindre intensité de la réponse émotionnelle lors du traumatisme jouent un rôle protecteur. Après l’événement, certains facteurs sont favorables pour retrouver un nouvel équilibre - la résilience - tels un environnement sécurisant, le soutien social, les ressources émotionnelles personnelles et les croyances culturelles.

Au niveau cérébral

Dans le TSPT, l’événement traumatisant n’est pas « digéré » en souvenir appartenant au passé, que l’on peut raconter. Il revient hanter la personne, en étant revécu sans cesse sous forme d’images, de bruits, d’odeurs, souvent accompagné de manifestations physiques (sueur, battements de cœur...). Quels mécanismes sont en cause ? Il s’agit d’un défaut de traitement de la mémoire provoqué par un stress trop intense. Ainsi, lors d’un traumatisme, notre organisme produit une très forte décharge d’adrénaline. Celle-ci entraîne dans le cerveau une hyperactivité de l’amygdale, centre des émotions et de la peur. Cette suractivation va perturber la mise en mémoire du contexte de l’événement par l’hippocampe, ce qui explique la forte composante émotionnelle des souvenirs et le flou concernant des informations plus objectives comme la chronologie des évènements.

Un tel traumatisme modifie le fonctionnement du cerveau, et probablement sa structure. Chez les personnes atteintes de TSPT, le fonctionnement de l’amygdale est amplifié tandis que l’hippocampe, structure clé de la mémoire, est atrophié. L’étude REMEMBER à Caen qui suit des victimes de l’attentat du 13 Novembre 2015 sur le long terme permettra de voir si ces altérations se corrigent chez les personnes qui parviennent à guérir des symptômes du TSPT.

Des solutions ?

Pour soigner ce trouble, des approches de psychothérapie ont montré leur efficacité. Le thérapeute demande à la personne d’évoquer le souvenir pathologique, afin de le rendre « malléable ». A l’aide de certaines techniques, ce souvenir peut alors être ré-encodé avec une charge émotionnelle de moindre intensité et de façon plus structurée. L’une d’elles, l’EMDR, permet dans un grand nombre de cas de contrôler les symptômes du TSPT, et cela s’accompagne de modifications de la structure et de la fonction du cerveau ! Des études sont actuellement en cours pour analyser les mécanismes sous-jacents. Les mouvements rapides des yeux utilisés dans cette technique pourraient reproduire les mécanismes cérébraux du sommeil paradoxal, qui intègrent les événements vécus dans la mémoire, en mettant à distance les émotions éprouvées. Des thérapies médicamenteuses peuvent également être proposées. Dans la mesure où chaque personne répond différemment aux traitements proposés, une combinaison de plusieurs d'entre eux peut permettre une meilleure prise en charge de ces traumatismes.

 

POUR EN SAVOIR PLUS SUR LE TSPT : 

Mémoire et émotions Francis Eustache, coll., Le Pommier, 2016.

Mémoire et traumatisme : l'individu et la fabrique des grands récits Boris Cyrulnik, Denis Peschanski. INA éditions, 2012

Comptes-rendus de conférences avec Boris Cyrulnik, Denis Peschanski et Francis Eustache :

http://www.observatoireb2vdesmemoires.fr/publications/traumatisme-de-la-necessite-de-donner-du-sens

http://www.observatoireb2vdesmemoires.fr/publications/memoire-et-traumatisme-conference-de-denis-peschanski-et-boris-cyrulnik

Sur l’étude REMEMBER et le Programme « 13 Novembre »:

Francis Eustache : «Les blessés psychiques du 13 Novembre sont en grande souffrance», Libération, 7 Novembre 2017, Interrogé par Cécile Daumas

https://www.liberation.fr/debats/2017/11/07/francis-eustache-les-blesses-psychiques-du-13-novembre-sont-en-grande-souffrance_1608497

http://www.memoire13novembre.fr

 

[1] Kessler RC, Sonnega A, Bromet E, Hughes M, Nelson CB. Posttraumatic stress disorder in the National Comorbidity Survey. Arch Gen Psychiatry. 1995 Dec;52(12):1048-60.