Mémoire, rêves et cauchemars

Un adulte rêve en moyenne une heure et demie chaque nuit. Les rêves les plus intenses - imagés et à contenu émotionnel - se produisent durant les phases de sommeil paradoxal, plus longues en fin de nuit. Le tonus musculaire est alors au plus bas tandis que l’activité cérébrale est intense et les yeux effectuent des mouvements rapides sous les paupières fermées (d’où le nom de sommeil « paradoxal » (ou REM *).

Quel est le rôle des rêves ?

Selon le psychologue Canadien Tore Nielsen, nos rêves reflèteraient l’assimilation des souvenirs émotionnels, plus ou moins agréables[1]. Les mauvais rêves ne seraient pas qu’une reviviscence désagréable d’événements passés, mais le moyen de les retraiter dans notre mémoire. Ils rempliraient en particulier un rôle d’atténuation des peurs, en nous confrontant à des scénarios pouvant contenir des éléments nous effrayant, mais placés dans un contexte irrationnel. A l’inverse, les cauchemars qui, par leur intensité émotionnelle et leur coloration négative, provoquent le réveil, correspondraient à des échecs de la régulation des émotions. La fréquence et l’intensité des cauchemars varieraient selon la « charge affective », c’est-à-dire les émotions ressenties dans la journée, et selon notre degré de sensibilité aux aspects négatifs des situations.

Est-il normal de faire souvent des cauchemars ?

Si 8 à 29% des adultes estiment faire au moins un cauchemar par mois, 2 à 6% en feraient au moins un par semaine. L’hérédité compterait pour près de la moitié dans cette fréquence plus élevée, et les personnalités anxieuses et/ou déprimées sont également plus susceptibles de « cauchemarder » souvent. Les cauchemars sont également plus fréquents chez les personnes ayant subi un traumatisme (trouble de stress post-traumatique).

En partie parce qu’elles se souviennent plus de leurs rêves, les femmes sont plus sujettes que les hommes aux cauchemars récurrents. En outre, être plutôt « du soir » les exposerait à une plus grande fréquence et intensité des cauchemars, comme l’a constaté une enquête auprès de 4000 personnes[2]. Cela indiquerait que le « chronotype » (être « du soir » ou « du matin ») influence la mémoire et les processus affectifs du sommeil, dont le rêve.

Se débarrasser de ses cauchemars

Chez 4% des français, les cauchemars sont si intenses et désagréables qu’ils provoquent des insomnies chroniques, par peur de s’endormir. Une thérapie « par répétition de l'imagerie mentale »** permet de transformer ses cauchemars en rêve. Il s’agit de modifier chaque jour un détail du cauchemar en le racontant (ou en le dessinant pour les enfants) pour le rendre moins effrayant et finalement substituer cette mémoire à celle du cauchemar initial .

Pour mieux dormir, développons notre optimisme la journée, comme le suggère une enquête récente[3] !

Les cauchemars sont à distinguer des terreurs nocturnes, qu'on retrouve essentiellement chez les enfants, et se caractérisent par une agitation brutale survenant généralement au début de la nuit, et ne laissent aucun souvenir.

 

Pour en savoir plus :

Est-il possible de se débarrasser de ses cauchemars ? E. Monnier, 23 Janvier 2017, D'après Science&Vie QR n°17 "Le sommeil & les rêves"

Est-il normal de faire des mauvais rêves ?, E. Monnier, Science & Vie, 26 Avril 2017

Mais pourquoi fait-on des cauchemars?, E. Monnier, Science & Vie, 7 Juillet 2019

Le sommeil et la mémoire, Interview du Professeur Robert Jaffard - Juin 2015

Mémoire et sommeil - Fiche pédagogique - Octobre 2018

Sommeil - Faire la lumière sur nos activités noctures, INSERM

 

*REM : Rapid Eye Movement

** Imagery Rehearsal Therapy

 


[1] Levin R & Nielsen T, Nightmares, Bad Dreams, and Emotion Dysregulation, A Review and New Neurocognitive Model of Dreaming, Current Directions In Psychological Science (2009), 18 (2) : 84-88.

[2] Nielsen T. Nightmares associated with the eveningness chronotype. J Biol Rhythms (2010), 25(1):53-62.

[3] R. Hernandez et al., The Association of Optimism with Sleep Duration and Quality: Findings from the Coronary Artery Risk and Development in Young Adults (CARDIA) Study. Behavioral Medicine (2019), https://doi.org/10.1080/08964289.2019.1575179