Une mémoire complexe et vivante

La définition première de la mémoire est « la capacité à enregistrer, conserver et utiliser les informations », pose le neurobiologiste Robert Jaffard, mais cette présentation cache une réalité bien plus complexe. D’abord sélectionnées puis encodées, les informations vont être intégrées à d’autres déjà existantes pour faire sens. Elles doivent également être consolidées, rapidement au niveau cellulaire, plus lentement au niveau structurel. « La mémoire est transformée et rendue plus efficiente qu’elle ne l’était à l’origine, essentiellement pendant le sommeil ou la rêverie, explique Robert Jaffard. On sait également aujourd’hui qu’il suffit de réactiver le souvenir dormant pour qu’il soit de nouveau malléable. Il peut ainsi être renforcé, intégrer de nouveaux éléments ou être oublié. » Au niveau de la communication entre les neurones, les circuits sont également renforcés ou modifiés par les stimulations, décrit Michel Vignes. Une plasticité cérébrale que l’on retrouve chez de nombreuses espèces animales, qui adaptent ainsi leurs comportements selon leur expérience.

La mémoire est également multiple. On l’utilise pour reconnaitre notre environnement (mémoire perceptive), on la met en œuvre dans nos savoir-faire (mémoire procédurale), elle nous permet de suivre une conversation, de réaliser des opérations (mémoire de travail), ou enregistre et invoque des souvenirs (mémoire épisodique). « La mémoire n’est pas tournée vers le passé comme on le croit, mais vers le futur. Ce qui nous gouverne, c’est ce qui va nous arriver et la manière dont on peut agir. C’est là que l’on prend nos décisions, c’est la mémoire du libre arbitre », déclare le neuropsychologue Francis Eustache.

Enfin, loin d’être un système cérébral coupé du reste du monde, la mémoire est éminemment sociale. Les dimensions émotionnelles, relationnelles et contextuelles y ont une importance cruciale. « Tout acte de mémoire est un acte social », commente Francis Eustache. Un acte social qui prend place dans un grand récit qui transcende les individus et constitue la mémoire collective.