La réserve, cérébrale et cognitive

L’une des clés pour comprendre le vieillissement cognitif est la réserve, cérébrale et cognitive qui se constitue tout au long de la vie. De la réserve dépend le moment d’apparition des premiers symptômes d’une maladie ; plus la réserve est importante, plus tard se déclareront les premiers symptômes de la maladie.

cerveau

L’une des clés pour comprendre le vieillissement cognitif est la réserve, cérébrale et cognitive, constituée tout au long de l’existence d’un individu. La réserve cérébrale et la réserve cognitive renvoient au rôle potentiellement « protecteur » de certains mécanismes neurocognitifs face aux effets délétères de l’âge sur la mémoire et la cognition, et aussi sur la survenue des symptômes des maladies neurodégénératives. La réserve joue en quelque sorte un rôle de « tampon », de « curseur », entre une pathologie cérébrale et l’expression clinique de cette affection. Autrement dit, de la réserve dépend le moment d’apparition des premiers symptômes d’une maladie ; plus la réserve est importante, plus tard se déclareront les premiers symptômes de la maladie.
 

  • La réserve cérébrale : structurale, elle relève d’une notion quantitative de différents facteurs, comme la taille du cerveau, la quantité de neurones et de connections disponibles, ainsi que des facteurs génétiques.
  • La réserve cognitive : dynamique, elle dépend de la « qualité » des connexions neuronales et se constitue tout au long de la vie, en fonction du niveau socioculturel, des activités quotidiennes et de nombreux autres facteurs.

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Sketchnoting réserve cérébrale et cognitive

La réserve : un enjeu de prévention de santé et sociétal complexe

La réserve repose sur différents mécanismes qui permettent d’optimiser le fonctionnement du cerveau et retarder l’apparition des premiers signes de la maladie. En cela, elle s’intègre résolument dans une démarche scientifique et sociétale préconisant la prévention.

Quels sont les facteurs favorisant la constitution d’une réserve optimale ?

Il ressort des études épidémiologiques que les facteurs prédictifs de la réserve les plus pertinents seraient : le taux d’alphabétisation, le niveau d’éducation, estimé par le nombre d’années d’études, l’exposition à des « toxiques », notamment dans le cadre professionnel, et plus généralement l’état de santé cardiovasculaire et la qualité du sommeil, mais également la nutrition, la taille comme la qualité du réseau social et l’engagement social, les loisirs, le degré de réalisation professionnelle, mais aussi les activités physiques.

Ces facteurs n’empêchent pas le développement de la maladie, par exemple d’Alzheimer. En revanche, ils permettent de compenser plus longtemps les effets de la maladie et donc que les premiers symptômes se déclarent plus tardivement.

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Peut-on mesurer la réserve, cognitive et cérébrale ?

Comment savoir si l’on dispose d’une réserve importante ? Des méthodes de mesure de la réserve existent, même si elle est difficile à appréhender dans son entièreté. La réserve cérébrale peut être évaluée par les neurobiologistes grâce à des mesures anatomiques quantitatives, telles que le volume cérébral et la densité neuronale, ainsi que la densité synaptique ou l’arborescence dendritique, qui reflètent le degré de connections cérébrales. Concernant la mémoire cognitive, il s’agit de mesurer le réseau des connexions activées dans la réalisation d’une tâche. Ainsi, pour une même tâche, un sujet ayant une forte réserve activera peu son réseau neuronal, tandis qu’un sujet ayant une faible réserve l’activera beaucoup.

Origine du concept de réserve

Les concepts de réserve cérébrale et réserve cognitive ont pris de l’ampleur à partir du début des années 2000, mais trouvent leur racine dans des fondements plus anciens. Le concept de réserve est né du constat que des sujets avec des performances cognitives normales pouvaient présenter des caractéristiques de la maladie d’Alzheimer. Les premiers résultats décrits à la fin des années 1980 provenaient d’études de neuropathologie examinant le cerveau de personnes décédées. Étonnamment, tandis que l’autopsie de certains sujets révélait tous les stigmates de la maladie d’Alzheimer, ceux-ci n’avaient pas présenté de troubles cognitifs, du moins majeurs, avant leur décès. L’hypothèse fut émise : c’était parce que la taille de leur cerveau était plus élevée que la moyenne que ces personnes ne présentaient pas de manifestation clinique de la maladie. Ces premières observations, suivies par des études plus contrôlées et à large échelle, ont ouvert la voie et permis l’émergence de la notion de réserve.

Les études plus récentes confrontent des observations cliniques diverses avec des résultats d’imagerie cérébrale avec un raisonnement assez similaire. À lésions équivalentes - visualisées par imagerie - des atteintes cognitives majeures sont observées chez certains sujets et, au contraire, des effets minimes chez d’autres. Ce constat souligne une très grande variabilité interindividuelle et un contraste entre l’observation du cerveau sur le plan structural et fonctionnel (au moyen de différentes techniques d’imagerie), et l’état clinique des personnes.