La mémoire animale

La mémoire n'est pas l'apanage de l'humain : elle fait partie intégrante du vivant. Les chiens retrouvent leur maître, les écureuils leurs noisettes, les tortues marines leur plage de naissance et les poissons rouges mémorisent bien plus qu’un simple tour d’aquarium. Tous les animaux sont dotés d'une mémoire qui peut dans certaines situations se révéler plus efficace que la nôtre.

un écureuil et ses noisettes

Chaque espèce a sa mémoire

Toutes les espèces vivantes possèdent une mémoire, parfois très spécialisée, qui les aide à vivre et à survivre dans leur environnement. Ainsi, les tortues marines traversent les océans sur parfois des centaines de kilomètres pour retrouver la plage où elles sont nées. Les écureuils cachent leur nourriture dans le sol à de très nombreux endroits pendant la belle saison, pour les utiliser pendant l’hiver ou quand ils en ont besoin. Ils sont capables de retrouver leurs trésors, même si on supprime les odeurs associées aux caches.

La mémoire de travail : l'exemple du chimpanzé

Notre mémoire de travail, ou mémoire immédiate, nous permet de maintenir présentes à l’esprit et d’utiliser des informations qui ont disparu de notre champ perceptif. Cette vidéo montre le chimpanzé Ayumu, âgé de 7 ans, réaliser pratiquement sans erreur une épreuve de mémoire de travail visuo-spatiale. Il se souvient de la position de 9 chiffres qu’il n’a pu percevoir que pendant une fraction de secondes avant leur masquage. La performance d’Ayumu est remarquable pour plusieurs raisons.

Image
memoire du chimpanze

D’abord, le nombre de positions à retenir, qui mesure l’empan de sa mémoire spatiale immédiate, est de 9. Chez l’homme, cet empan, mesuré par le test de Corsi, est en moyenne de 5.

Ensuite, la durée de présentation des chiffres avant leur masquage peut être réduit jusqu’à 210 ms sans affecter sa performance. Selon les chercheurs, il utiliserait une mémoire eidétique ou « photographique » où l’image mentale reste aussi précise que la perception dont elle est issue.

Finalement, l’étude originale montre que les chimpanzés les plus jeunes (7 ans), sans être aussi brillants que Ayumu, ont de meilleures performances que leurs congénères plus âgés (30 ans) mais que des étudiants – ou dans la vidéo, des enfants - confrontés à la même épreuve ont des performances médiocres.

Peut-on en conclure que la mémoire de travail visuo-spatiale des chimpanzés est supérieure à celle des humains? Deux études 1, 2 indiquent que des sujets humains soumis, comme les chimpanzés, à un entraînement intensif, réalisent des performances aussi bonnes (sinon meilleures) que ces derniers 2. Cela confirme les résultats d’autres expériences montrant que l’on peut améliorer la mémoire de travail par l’entraînement 3 mais que le transfert de cette amélioration d'une tâche de mémoire de travail à l'autre reste limité 4.

Mesurez-vous à Ayumu et explorez le monde de la mémoire animale sur Memorya.org !
Image
poisson rouge dans son bocal

Zoom sur la mémoire de poisson rouge

Une idée reçue affirme que les poissons rouges auraient une mémoire qui ne durerait que 9 secondes, c'est à dire le temps de faire le tour de leur bocal. C’est entièrement faux. Le poisson rouge dispose d’une mémoire à long terme très efficace (plusieurs mois), probablement d’une mémoire relationnelle, d’une mémoire spatiale qui repose sur une structure se rapprochant de l’hippocampe chez les mammifères, d’une mémoire émotionnelle (mémoire de la douleur ou du plaisir). Par exemple, les femelles de Amatitlania siquia, une espèce de poisson monogame, ont des "chagrins d'amour" qui les rendent "pessimistes"). Les structures cérébrales en cause sont très semblables à celles que l’on trouve chez les autres espèces de vertébrés, y compris l’espèce humaine.

La mémoire épisodique

Le geai a une faculté extraordinaire pour se souvenir où il a caché sa nourriture, à quel moment et de quel type de nourriture il s'agissait. Ainsi, le geai peut veiller à consommer ses aliments avant qu'ils ne soient dégradés, et ne perd pas de temps à se rendre dans des caches contenant des denrées périssables et déposées depuis trop longtemps (des asticots par exemple comparés à des graines). Cette remarquable faculté ressemble à la mémoire épisodique humaine (la mémoire de « où-quand-quoi »). Elle a été beaucoup étudiée par une équipe de scientifiques anglais qui ont qualifié cette mémoire de « quasi-épisodique ».

https://youtu.be/CQYqO25Xbyo

Découvrez la mémoire de l’éléphant, la seiche, les abeilles, les fourmis et bien d’autres en jouant à « chaque espèce a sa mémoire » sur Memorya.org

Notes

Silberberg A & Kearns D. Anim.Cogn. 2009, 12: 405.
Cook P & Wilson M. Psychol.Bull.Rev. 2010, 17: 599.
Jonides J. Nat. Neurosci. 2004, 7: 10.
Melby-Lervåg M et al. Perspect. Psychol. Sci. 2016, 11: 512.