Vrai ou faux : la fin des idées reçues sur la mémoire

Le saviez-vous ?  

Nous avons tous des idées préconçues sur la mémoire. C’est le moment de tester vos connaissances en la matière et de lever le voile sur quelques croyances.

Les performances en mémoire sont liées au poids du cerveau.
 
Faux. Les performances en mémoire ne sont pas liées au poids ou au volume du cerveau, mais plutôt au développement de nombreuses et efficaces connexions entre les neurones.

Le curcuma et/ou les fruits rouges participent à améliorer l’encodage en mémoire (la saisie des informations).

Faux. Aucune étude scientifique n’a prouvé l’impact de ces aliments sur la mémoire, même s’il est vrai qu’ils sont riches en anti-oxydants.

Plus on vieillit, plus on se rappelle des souvenirs négatifs.

Faux. Plus on avance en âge, plus les souvenirs sont idéalisés. Ce n’est pas une posture psychologique ou un détachement décidé. Le cerveau effectue une sorte de tri et oublie sélectivement ou rend moins intenses les indices les plus sombres. Le travail de la mémoire favorise le maintien en priorité de souvenirs positifs survenus dans la vie de l’individu exception faite des souvenirs très intenses.

La récupération des souvenirs n’est pas une récupération à l’identique mais une reconstruction à partir des indices : deux sœurs peuvent avoir des souvenirs d’enfance différents. 

Vrai. La mémoire se construit au fil du temps. Les nouveaux souvenirs génèrent des traces qui se lient aux traces précédentes. Ceci peut générer des erreurs d’indices. On peut confondre des évènements des dernières vacances d’été avec des évènements d’autres vacances d’été ou ne plus les situer à la bonne période, si le lieu est identique.  Chaque reconstruction d’un souvenir le modifie. Le rappel d’un souvenir peut devenir au fil des répétitions une forme de savoir répété (le récit familial).

La mémoire est souvent comparée à une bibliothèque et c’est pour cela qu’elle est en quelque sorte sans limite : on rajoute des rayons !

Faux. Les souvenirs ne sont conservés nulle part ! Il n’y a pas de stock et pas de conteneur : la bibliothèque, ou pour St Augustin : le Palais. La capacité de la mémoire à court terme, c’est à dire la mémoire utilisée pour manipuler rapidement de l’information comme par exemple se répéter à haute voix un numéro de téléphone, est limitée. Par contre, la mémoire à long terme ne peut pas être saturée, car le cerveau peut créer de nouvelles connexions (association d’indices) à l’infini.  

Le black-out produit une amnésie transitoire c’est-à-dire une absence totale de consolidation de l’épisode en cours sans trouble de la vigilance. Cela peut avoir des conséquences très graves.

Vrai. On observe ce phénomène notamment avec la consommation intense et rapide d’alcool. À partir de deux grammes dans le sang, le risque est très élevé. Cela peut également survenir pour un taux moindre (en lien avec le genre, la masse graisseuse et la rapidité de consommation). L’alcool interfère avec les molécules chimiques utiles aux connexions cérébrales. Les conséquences sont triples. Il existe une fragilisation de l’encodage des souvenirs après l’épisode pendant un temps variable (sorte de sidération ou de « gueule de bois des neurones ») avec décrochage scolaire, etc. Le sujet ne conserve aucun souvenir de l’épisode. Pendant l’épisode, le risque d’accident (on oublie que l’on marche au bord de l’eau etc.), d’agression ou de viol est majeur.

Des plaintes subjectives de mémoire : « je cherche les noms propres, j’oublie une casserole sur le feu, j’ai oublié de rappeler ma collègue, j’ai égaré mes clefs » traduisent  le plus souvent des difficultés d’attention.

Vrai. L’attention, notamment l’attention soutenue, permet de bien se saisir des indices d’un souvenir (encodage) et de récupérer vite et bien des informations en mémoire. En cas d’anxiété, de fatigue et de manque de sommeil, les troubles d’attention génèrent des difficultés à mémoriser et récupérer des souvenirs.

Remerciements au docteur Catherine Thomas-Antérion, neurologue et membre du Conseil scientifique de l’Observatoire B2V des Mémoires.