Mémoire et sommeil

Il existe un lien très étroit entre le sommeil et la mémoire. En amont, le sommeil prépare le cerveau à apprendre, à encoder de nouvelles informations. Ultérieurement, il va consolider ces apprentissages en une mémoire stable et durable.

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homme en train de dormir

Le sommeil agit-il sur la mémoire ?

Avec Robert Jaffard, Professeur émérite à l'Université de Bordeaux 1, neurobiologiste spécialisé dans l’étude de la mémoire

Y a-t-il un lien entre mémoire et sommeil ?

Oui, c'est un lien très étroit. En amont, le sommeil prépare le cerveau à apprendre, à encoder de nouvelles informations. Ultérieurement, il va consolider la mémoire de ces apprentissages pour en faire une mémoire stable et durable. Toutes les formes de mémoire sont concernées, mais chaque stade du sommeil joue un rôle assez sélectif. Lors du sommeil léger puis profond qui suit l’endormissement c’est la mémoire déclarative, faite de nos souvenirs et de nos connaissances, qui est consolidée. Lors du sommeil paradoxal, plus tardif, ce sera la mémoire procédurale, celle de nos habiletés motrices et perceptives.

Quels sont les bénéfices du sommeil sur la mémoire ?

On a longtemps pensé que le sommeil ne faisait que fixer en l’état les mémoires nouvellement formées tout en les renforçant, d’où le terme de consolidation. On sait maintenant qu’il transforme « intelligemment » leur contenu pour les rendre plus efficaces. Notoirement, le cerveau endormi effectue un tri entre les informations mémorisées qu’il conserve (ou élimine) en fonction de leur utilité future. Il les incorpore aux mémoires préexistantes ce qui permet un enrichissement et une structuration des connaissances. Concrètement, il est établi qu’une nuit de sommeil fournit la solution à un problème, affine une connaissance topographique, améliore la mémoire des « choses » à faire (planification) ou, s’agissant de la mémoire procédurale, remplace littéralement une séance d’entraînement.

Quelles sont les répercussions du manque de sommeil sur la mémoire ?

Outre une dégradation de la consolidation, le manque de sommeil réduit l’aptitude à acquérir de nouvelles informations en mémoire déclarative. Le fonctionnement du cerveau d’un adulte jeune qui est en train d’apprendre ressemble alors à celui d’une personne âgée. Ultérieurement, la mémoire de ce qu’il a appris restera déficitaire, même s’il récupère de son manque de sommeil. Même chez une personne jeune qui dort normalement, il y a un déclin progressif des capacités d’acquisition entre midi et le soir. Une sieste – suffisamment riche en sommeil profond – effectuée en cours d’après-midi restaure, le soir venu, des capacités d’acquisition optimales.

Pendant notre sommeil, que se passe-t-il pour la mémoire : est- elle en veille, active ou éteinte ?

Elle n’est pas éteinte puisque, comme nous venons de le voir, il existe des indices cérébraux montrant qu’elle peut être réactivée. Elle n’est pas non plus active comme elle l’est pendant l’éveil puisque, dans l’expérience dont nous venons de parler, les sujets ne se souviennent pas que les bruits ou les odeurs - précédemment associés à ce qu’ils apprenaient – leur ont été présentés pendant leur sommeil. D’ailleurs, il est bien établi que diffuser un enregistrement pendant que l’on dort ne permet pas d’en apprendre le contenu.

D’une manière générale, le cerveau endormi n’encode ni ne restitue – sinon de façon très marginale pendant le sommeil paradoxal - les informations qu’il reçoit ou a mémorisé. Nous dirons qu’il « révise ».

 

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