Hélène Amieva

Professeur des Universités en Psychogérontologie. Docteur en neurosciences et en neuropharmacologie. Directeur de l’équipe SEPIA, Inserm U1219 Université de Bordeaux.

Publié le 16.07.2020
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Hélène Amieva

Interview de
Hélène
Amieva

Membre du Conseil scientifique de l’Observatoire B2V des Mémoires

Parcours

Professeur de psychogérontologie à l’université de Bordeaux et chercheur dans un Centre de Recherche Inserm, appelé « Bordeaux Population Health », la particularité d’Hélène Amieva est d’étudier le fonctionnement cognitif et mnésique chez la personne âgée avec une approche longitudinale et épidémiologique, permettant de prendre en compte l’impact de nombreux facteurs ayant une influence sur la santé physique et mentale des personnes.

Travaux

Avec son équipe Inserm, Hélène Amieva mène de grandes études de cohortes populationnelles prospectives. Pour cela, elle s’appuie sur un échantillon de personnes âgées volontaires issues d’horizons différents, acceptant d’être suivies au cours du temps. L’objectif, observer et étudier les changements cérébraux, cognitifs et psychologiques qui s’opèrent avec l’avancée en âge.

Une des cohortes, certainement la plus emblématique, est la cohorte Paquid. Celle-ci a été l’une des premières études européennes permettant une estimation de l’incidence de la démence, à partir d’un échantillon de la population générale. Près de 4 000 personnes âgées de 65 ans et plus, vues tous les deux ans sont suivies depuis 30 ans maintenant.
C’est notamment grâce à cette étude qu’ont pu être mis en évidence de nombreux facteurs de risques ou au contraire de protection du déclin de la mémoire avec l’âge avancé ou à dans le cadre de certaines maladies neurodégénératives.

"ETNA3, étude nationale sur les thérapies non médicamenteuses"

Hélène Amieva a été co-investigatrice et coordinatrice du programme « Evaluation de 3 Thérapies Non médicamenteuses dans la maladie d’Alzheimer » (ETNA3).

Cette étude nationale a pour objectif principal d'évaluer l’efficacité à long terme de 3 stratégies thérapeutiques non médicamenteuses - stimulation cognitive, thérapie par réminiscence et programme de prise en charge individuelle - en cherchant à savoir si ces thérapies permettent de retarder chez les patients atteints de la maladie d’Alzheimer l’entrée dans la phase modérément sévère à sévère de la maladie.  

Quarante centres hospitaliers ont participé à cette étude et quatre groupes de patients ont été suivis pendant deux ans.

A titre d’exemple, les patients inclus dans le groupe « stimulation cognitive » réalisaient en petits groupes des exercices faisant appel à la mémoire, au langage, ou encore à l’attention. Concernant le groupe « réminiscence », la mémoire autobiographique ancienne étant en partie préservée dans les premières phases de la maladie, les patients étaient invités à évoquer et échanger autour de souvenirs de leur enfance ou jeunesse. Quant à la prise en charge individuelle, le choix des activités qui étaient travaillées en séance était établi en fonction des centres d’intérêt du patient.

Cette étude a permis de montrer que les ateliers de stimulation en groupe (atelier mémoire ou de réminiscence) n’étaient associés à aucune amélioration mais qu’en revanche, une approche individuelle centrée sur la personne, prenant en compte ses difficultés, ses envies, ses besoin, et adaptée à son mode de vie permet de retarder de 6 mois l’entrée en Institution..

Votre présence dans l’Observatoire ?
Je pense qu’il est important aujourd’hui que non seulement les pouvoirs publiques mais aussi des caisses de retraite ou des mutuelles de santé, s’emparent de ce problème des que représentent maladies de la mémoire, pour les appeler à lutter contre ces troubles et encourager la prévention. Il ne suffit pas seulement de favoriser ou financer des actions pratiques, servant souvent de vitrine. On voit fleurir un peu partout des groupes de stimulation cognitive, auxquels je ne crois que très moyennement, je ne suis pas persuadéeer que c’est de cette façon que l’on pourra prévenir les troubles de la mémoire, en particulier dans le vieillissementlorsque des maladies neurodégénératives liées au vieillissement apparaissent. Il faut une prévention en amont et plus active.

Aussi, ce que j’ai trouvé intéressant dans dès la création de cet Observatoire B2V des Mémoires, c’est que cette structure est porteuse d’une double démarche.

Tout d’abord, le Groupe B2V prend en compte l’idée que la mémoire est un phénomène plus complexe qu’il n’y paraît et qu’il est urgent et important de faire avancer les connaissances fondamentales que nous avons aujourd’hui.

Par ailleurs, l’objectif principal de l’observatoire est de faire émerger des hypothèses crédibles, sur des pistes de prévention des troubles de la mémoire.
3 mots pour définir la mémoire ?
- Totalité
- Activité
- Mentale
3 mots pour définir l’Observatoire ?
- Démarche
- Originale
- A reproduire

Parmi ses publications

  • Amieva H, Ouvrard C, Giulioli C, Meillon C, Rullier L, Dartigues JF. Self-Reported Hearing Loss, Hearing Aids, and Cognitive Decline in Elderly Adults: A 25-Year Study. Journal of the American Geriatrics Society. 2015;63(10):2099-104.

  • Amieva H, Ouvrard C, Meillon C, Rullier L, Dartigues JF. Death, Depression, Disability, and Dementia Associated With Self-reported Hearing Problems: A 25-Year Study. The journals of gerontology Series A, Biological sciences and medical sciences. 2018;73(10):1383-9.

  • Amieva H, Meillon C, Proust-Lima C, Dartigues JF. Is Low Psychomotor Speed a Marker of Brain Vulnerability in Late Life? Digit Symbol Substitution Test in the Prediction of Alzheimer, Parkinson, Stroke, Disability, and Depression. Dement Geriatr Cogn Disord. 2019;47(4-6):297-305.

  • Amieva H, Ouvrard C. Does treating hearing loss in older adults improve cognitive outcomes? A review. J Clin Med. 2020 Mar 16;9(3). pii: E805. doi: 10.3390/jcm9030805. Review.

  • Amieva H, Avila-Funes A, Caillot-Ranjeva S, Dartigues JF, Koleck M, Letenneur L, Ouvrard C, Pech M, Raoux N, Rascle N, Maturin-Tabue M, Villeneuve R, Bergua V. Older people facing the crises of COVID: between fragility and resilience. Journal of Aging and Frailty. 2020; In press

  • 2011, Stoykova R, Matharan F, Dartigues JF, Amieva H. Impact of social network on cognitive performances and age-related cognitive decline across a 20-year follow-up.Int Psychogeriatr; 22:1-8.
    A retrouver ici

  • 2010, Auriacombe S, Helmer C, Amieva H, Berr C, Dubois B, Dartigues JF. Validity of the free and cued selective reminding test in predicting dementia: the 3C study. Neurology; 74(22):1760-7.
    A retrouver ici

  • 2010, Amieva H, Stoykova R, Matharan F, Helmer C, Antonucci TC, Dartigues JF.What aspects of social network are protective for dementia? Not the quantity but the quality of social interactions is protective up to 15 years later. Psychosomatic Medicine; 72(9):905-11.
    A retrouver ici

  • 2009, Féart C, Samieri C, Rondeau V, Amieva H, Portet F,  Dartigues JF, Scarmeas N, Barberger-Gateau P. Adherence to the Mediterranean Diet, Cognitive Decline and Risk of Dementia. JAMA; 302(6):638-48.

  • 2008, Amieva H, Le Goff M, Millet X, Orgogozo JM, Pérès K, Barberger-Gateau P, Jacqmin-Gadda H, Dartigues JF. Prodromal Alzheimer’s disease: successive emergence of the clinical symptoms. Annals of Neurology; 64(5):492-8.

  • 2006, Amieva H, Gaestel Y, Dartigues JF.The multiple-choice formats (forms F and G) of the Benton Visual Retention Test as a tool to detect age-related memory changes in population-based studies and clinical settings. Nature Protocols; 1(4):1936-8.
    A retrouver ici

  • 2004, Amieva H, Phillips L, Della Sala S, Henry JD. Inhibitory functioning in Alzheimer’s Disease: A review. Brain; 127: 949-64.