Les hiéroglyphes, garants de l’équilibre du monde

D’après les historiens, l’Histoire commence avec l’écriture en 3300 av. JC. et avec elle l’ancrage de la mémoire au-delà de la biologie. Ainsi le déchiffrage des hiéroglyphes, que l’on doit à Jean-François Champollion, a permis de découvrir le quotidien des habitants de l’Egypte ancienne.

Cette écriture, reconnaissable entre toutes, est composée de milliers de signes qui représentent de manière figurative très précise leur modèle. Par exemple, le dessin d’une bouche signifie « bouche ». « Quand nous étudions les signes, nous pouvons identifier les objets, animaux ou plantes qui ont disparu et nous renseignent sur le mode de vie des anciens Egyptiens », explique Frédéric Servajean. Mais ces représentations, nommées idéogrammes ou logogrammes, sont insuffisantes d’une part à fixer le message de manière univoque, d’autre part à exprimer une infinité de messages, notamment l’abstraction. Elles s’enrichissent de deux autres composants : les phonogrammes qui représentent un son ou une série de sons ; et les déterminatifs ou classificateurs, placés à la fin des mots pour spécifier la catégorie sémantique. Par ailleurs, chez les Egyptiens, l’écriture est également la parole du ou des dieux. Les signes étant susceptibles de s’incarner dans la réalité, les plus dangereux sont neutralisés. Un serpent est ainsi représenté lardé de poignards.

Enfin, les hiéroglyphes ne seraient pas apparus par nécessité administrative, mais pour servir de support au programme politique du pharaon, garant de la Maât. « La naissance de l’écriture a donné lieu en Egypte à un triple travail de mémoire : premièrement les scribes ont créé des milliers de hiéroglyphes, ils ont répertorié et archivé les éléments du monde. Deuxièmement, ils ont écrit des textes qui donnent du sens à ces éléments en les ordonnant hiérarchiquement selon les principes de la Maât. Enfin, ils ont écrit le discours de la Maât lui-même qui justifie l’ordre du monde au centre duquel se trouve Pharaon, et qui repose sur la mémoire car sans mémoire le vivre-ensemble n’est pas possible ».