Le saviez-vous ?

Prendre soin de sa mémoire … en ne faisant rien ?

Si vous n’avez pas « mis à profit » le temps du confinement - pour ceux qui ne devaient pas continuer à travailler comme avant ou plus - en remplissant chaque espace de temps libéré par une activité « utile » ou si vos vacances ne suivent pas un planning minuté, c’est très bien ainsi ! Francis Eustache, Neuropsychologue, Président du conseil scientifique de l’Observatoire B2V des mémoires, nous explique en quoi il est essentiel d’offrir à notre cerveau des temps libres sans tâche particulière à accomplir.

Publié le 24.07.2020
prendre soin
Quand notre cerveau n’est pas sollicité pour réaliser une tâche, se met-il au repos ?
En réalité, sans tâche particulière à accomplir, notre cerveau consomme tout de même 20% des ressources énergétiques de notre organisme, soit seulement 5% de moins que s’il doit effectuer du calcul mental ou se concentrer sur un problème [1]. On ne peut donc pas parler de repos ! Les aires cérébrales qui s’activent alors ensemble constituent le « réseau du mode par défaut ». Elles sont principalement situées sur la ligne médiane, entre les deux hémisphères du cerveau.
A quoi sert ce réseau du mode par défaut ?
Dans le mode par défaut, l’attention au monde extérieur est diffuse et se recentre sur soi.

Ce mode est celui de l’introspection : nous intégrons les informations sur nous-même, sur les autres…. C’est le lieu de la synthèse, mais aussi de la créativité et de l’adaptation. Le cerveau se projette, y compris dans des scénarios parfois peu vraisemblables. Ce réseau est en lien avec celui de notre mémoire épisodique, qui abrite à la fois nos souvenirs, nos projets et notre compréhension d’autrui. Il joue donc un rôle capital dans notre mémoire et notre équilibre mental. Il est d’ailleurs affecté dans de nombreuses maladies neurologiques. C’est le cas de la maladie d’Alzheimer, où il est touché précocement par de nombreuses lésions et une diminution des connections nerveuses, associée aux troubles de la mémoire. Dans certaines maladies mentales comme la dépression, ce réseau est à l’inverse anormalement actif et difficile à réguler, avec des pensées négatives envahissantes.

Le réseau du mode par défaut est central et connecté à de nombreuses autres aires cérébrales, qu’il peut coordonner comme un chef d’orchestre pour répondre à un stimulus extérieur. Ainsi, si nos « rêveries » sont soudainement interrompues, le cerveau peut basculer instantanément vers un mode contrôlé nous permettant de réagir, par exemple, face à un animal qui traverse une route de campagne quand nous conduisons.
Peut-on dire que le confinement a été favorable au réseau du mode par défaut ?
La période du confinement a été très complexe. L’arrêt forcé des activités habituelles a pu permettre à certains de s’extraire d’un rythme très soutenu pour se « poser » et accéder ainsi à des plages de temps favorables au réseau du mode par défaut mais pour beaucoup, l’anxiété, le manque d’espace, et l’isolement social imposé n’étaient pas propices à un retour sur soi tranquille. Pour d’autres - et notamment les femmes - le confinement a même signifié une charge mentale accrue, avec un épuisement lié à la sollicitation permanente des ressources d’attention pour accomplir plusieurs tâches à la fois et la perte des « sas de décompression » habituels liés au transport maison-travail. Pour d’autres encore, l’ennui a été subi … et donc ennuyeux !

En revanche, pour ceux qui ont pu se « poser » quelque peu, ce temps « suspendu » a pu permettre des prises de conscience.

En définitive, mieux connaître l’existence du réseau du mode par défaut peut nous inciter à réhabiliter ces temps sans activité et ne pas chercher à les remplir à tout prix !

En résumé :

  • Si vous avez des temps d’attente ou de trajet, ne cherchez pas nécessairement à les « rentabiliser » en lisant ou en téléphonant.
  • Si vos enfants ou vos proches « rêvassent », respectez ce moment de sérénité !

Notes

Raichle M.E., Mintun M.A.. Brain work and brain imaging. Annu Rev Neurosci 2006 ; 29 : 449-76

En savoir plus

Livre: La mémoire au futur, Francis Eustache, (avec Hélène Amieva, Catherine Thomas-Antérion, Jean-Gabriel Ganascia, Robert Jaffard, Denis Peschanski, Bernard Stiegler), Le Pommier, 2018.

En savoir plus

En vacances ou au repos, le cerveau reste actif !, Francis Eustache, 8 Août 2017,
Le réseau cérébral par défaut : un repos qui n’en est pas un, Christine Bastin, Revue de neuropsychologie 2018/3 (Vol 10), p 232-8.
Que fait le cerveau quand il ne fait rien ?, Marc Gozlan, Le Monde du 21 mars 2013

https://www.youtube.com/watch?v=j-HyxAuXWZI