Programme « 13-Novembre » : explorer la mémoire d’un événement traumatique

Bientôt trois ans se sont écoulés depuis les attentats tragiques du 13 novembre 2015. Trois ans au cours desquels les événements sont passés par les rouages de la mémoire. Dans leur souci « citoyen » de saisir cet instant traumatique, l’historien Denis Peschanski et le neuropsychologue Francis Eustache ont lancé le programme 13-Novembre. « Nous l’avons monté très rapidement après les attentats pour essayer de comprendre comment se construisent, année après année, la mémoire individuelle et collective », présente Denis Peschanski. Convaincus de l’imbrication de ces deux mémoires, les chercheurs ont mis sur pied une étude de grande ampleur suivant deux axes : l’objectif était d’une part, de recueillir les témoignages de 1000 personnes après l’attentat, deux ans, cinq ans et 10 ans plus tard, et d’autre part de mener une étude biomédicale sur 200 d’entre elles.

934 personnes se sont portées volontaires. Elles ont été réparties en quatre cercles en fonction de leur proximité avec l’événement : le premier cercle est constitué des personnes directement exposées telles les victimes, les professionnels intervenus sur place, les témoins et les parents endeuillés ; dans le deuxième cercle on retrouve les habitants des quartiers concernés, dans le troisième les habitants de Paris et sa banlieue, enfin le quatrième est composé de personnes vivant à Caen, Bordeaux ou Montpellier. Au total, 1431 heures d’interviews ont été enregistrées en 2016, et tout autant en 2018, avec un retour de 80% des personnes. L’analyse du vocabulaire recueilli permet déjà de voir se dessiner certaines tendances en matière de sociologie de la famille, des professions, du couple. La totalité des témoignages et les modifications des récits au fil des années pourront montrer la manière dont les mémoires individuelle et collective interagissent.  

En parallèle, l’étude Remember menée par Francis Eustache, se concentre sur 200 personnes, dont 120 issus du cercle 1. Ils ont accepté de se soumettre à l’œil de l’IRM fonctionnelle en 2016, 2018 et 2021. L’objectif est d’identifier les mécanismes du trouble de stress post-traumatique, qui se caractérise par « des intrusions, sous la forme d’images, de bruits ou d’odeurs, qui s’imposent au présent à la conscience de la personne ». Les chercheurs tentent de comprendre pourquoi des personnes qui ont vécu le même événement parviennent ou non à inhiber ces intrusions. « Nous voyons déjà des réponses cérébrales très différentes d’un sous-groupe à l’autre ». Parmi les personnes exposées à l’attentat, celles qui ne souffrent pas de stress post-traumatique semblent avoir des circuits neuronaux plus denses entre la zone frontale, responsable du contrôle, et la zone de la mémoire, tandis qu’ils semblent affaiblis chez les victimes qui souffrent du syndrome de stress post traumatique. Des premiers résultats à suivre.