Sport et chocs à la tête : quelles conséquences à long terme sur la mémoire ?

Interview du Docteur Catherine Thomas-Antérion, neurologue, membre du Conseil Scientifique de l’Observatoire B2V des Mémoires. 

Les chocs à la tête lors de pratiques sportives, chez l’enfant comme chez l’adulte, ont des impacts sur le fonctionnement cérébral et sur celui de la mémoire. Y prendre garde permet d’éviter des conséquences parfois à très long terme.

Traumatisme crânien, commotion cérébrale, KO… quelles différences ?

Dr CTA : Le traumatisme crânien correspond à un choc sévère au niveau du crâne. Les circonstances sont diverses : accident de voiture, accident domestique, agression, accident sportif etc. Lorsque la personne perd connaissance voire est confuse ou a une amnésie transitoire, on parle de commotion, ce qui signifie que le cerveau sous la force de l’impact a été déplacé ou étiré dans la boite crânienne. Une commotion peut être causée par un impact sur le crâne mais aussi à la face, au cou ou sur une autre partie du corps. La récupération est spontanée. Dans la boxe, on appelle cela le knock-out (KO), qui conduit l’arbitre à compter 10 secondes et à interrompre le match. Un KO peut être mortel notamment en plongeant d’emblée la personne dans le coma du fait de lésions massives intracérébrales ou du tronc cérébral. 

Que se passe-t-il « sur le coup » lors d’un traumatisme crânien ?

Dr CTA : Les conséquences sont variables et l’impact peut entrainer une fracture osseuse, un saignement au niveau des membranes qui entourent le cerveau (les méninges), un œdème et/ou un hématome dans le cerveau (contusion intracérébrale), voire dans les cas les plus graves, une atteinte des neurones (lésions axonales diffuses)1

Pourquoi faut-il un temps de récupération ?

Dr CTA : Après un traumatisme suffisamment sévère pour entrainer des symptômes de commotion (céphalées, vertiges, nausées, amnésie, trouble de l’audition ou de la vue, confusion, fatigue, trouble du sommeil etc., allant ou non jusqu’à la perte de conscience), le repos physique et intellectuel est de mise. Il faut se rappeler que le cerveau a été « secoué ». La reprise d’activité est généralement possible rapidement mais la reprise de l’effort notamment sportif doit être très progressive et interrompue si les symptômes récidivent. Si on prend l’exemple du rugby, en France, s'il s'agit de la première commotion en 1 an, le délai de reprise minimum est de 48 heures, si c'est la deuxième, il est de 3 semaines, et si c'est la troisième, il est de 3 mois.

Quelles peuvent être les conséquences à long terme ?

Dr CTA : La grande inconnue est le risque accru de maladies neurodégénératives à distance de la pratique sportive : maladie de Parkinson, maladie d’Alzheimer... Il existe en outre un sur-risque direct de démence (dite « pugilistique ») ou de tableaux psychiatriques graves : dépression, addictions et suicide. Ces différentes situations pourraient correspondre à une « encéphalopathie chronique traumatique » : une maladie chronique où les neurones, fragilisés par les chocs, dégénèrent progressivement en libérant les protéines Tau de leur cytosquelette2 , qui s’accumulent. Le risque de lésions consécutives à une commotion augmente après le premier épisode, néanmoins les raisons de cette augmentation restent controversées. Quels sont les facteurs de risque de séquelles graves ? Cela dépend probablement du nombre et des caractéristiques des traumatismes, mais également du terrain biologique des individus (vulnérabilité génétique) et de leurs autres facteurs de risque : hypertension artérielle, consommation de toxiques (alcool, cannabis…), etc.

Quelles seraient vos recommandations ?

Dr CTA : Toute pratique susceptible d’entrainer un coup sur la tête exige le port du casque : il est inimaginable en 2020 de faire du ski ou du vélo sans protection. En cas de commotion, notamment chez les plus jeunes, selon la situation à évaluer avec un médecin, un arrêt de 48h à trois semaines est raisonnable et aucune reprise n’est conseillée tant que l’ensemble des symptômes n’a pas régressé.

Quels sont les sports ou les pratiques les plus à risque ?

« Tous les sports pouvant entrainer des traumatismes faciaux, crâniens et cervicaux ! La boxe est en tête du palmarès (et le nombre de morts par KO, aussi) mais on peut citer le hockey, le football américain, le rugby, et il ne faut pas oublier le ski et les sports de glisse etc. Les chutes en moto ou en vélo sont également non négligeables ». Dr C. Thomas-Antérion

Les cellules du cerveau possèdent un prolongement unique (l’axone), qui transporte des informations électriques et chimiques, en secrétant différentes substances. Un ébranlement du cerveau perturbe grandement le fonctionnement de ces cellules, pouvant même provoquer leur destruction. 

2 Le cytosquelette est l’architecture interne d’une cellule

 

Pour en savoir plus :

http://www.slate.fr/story/160666/rugby-demence-violence

https://www.lamedecinedusport.com/dossiers/complications-retardees-des-commotions-encephalopathie-chronique-post-traumatique-cte/