Une identité collective à figures variables

Mémoire collective

Mardi 18 septembre 2018 à Pierrevives

par Denis Peschanski, historien

« La mémoire collective est une représentation sélective du passé qui participe à la construction identitaire d’un groupe », définit Denis Peschanski. Une société s’approprie ou se réapproprie ainsi son passé autour d’événements structurants et va en occulter d’autres, souvent de manière involontaire. Mais pourquoi et comment ? Ainsi, l’exode de 1940, qui a pourtant jeté 8 millions de personnes sur les routes, n’est pas devenu un élément structurant pour la mémoire collective, rappelle Denis Peschanski, spécialiste de la Seconde Guerre Mondiale. « Que faire de la peur, la honte, la fuite, éventuellement le vol ? On ne construit pas d’identité collective sur cette base ».

De la même manière, la façon dont nous racontons l’histoire est loin d’être fixe. Elle évolue selon des régimes mémoriels, c’est-à-dire « des configurations autour de figures structurantes stables et qui renvoient à une interprétation dominante de ce passé ». Par exemple, entre 1944 et 1950, toutes les mémoires de la guerre étaient possibles, celles de la Résistance comme celles des victimes. Dans les années 50, la mémoire de la guerre mondiale passe au second rang derrière les guerres coloniales. Mais en 1958, le Général de Gaulle fait de la Résistance l’armature de son pouvoir, « elle est sa seule légitimité ». Il « invente socialement » le Mont Valérien et en fait un haut lieu de commémoration de la France libre. C’est ensuite André Malraux qui, à travers son discours, fait de Jean Moulin une figure structurante lors de son entrée au Panthéon.

Au fil des années, vont émerger les figures de la France sous Vichy, des victimes de la déportation, puis celles des enfants cachés. Issues de la volonté politique ou de la société civile, elles correspondent aux attentes de la société et font sens à ce moment-là pour l’identité du groupe. Aujourd’hui, et depuis quelques années, il semble que la politique mémorielle tende à la convergence des mémoires, avec une petite tendance du président actuel à valoriser la figure du héros, notamment à travers celle du colonel Arnaud Beltrame.